1. Le contexte 2026 : tolérance zéro et contrôles renforcés
Après les signalements de 2025 et les rapports d’inspection, le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports ainsi que les DRAJES (Délégations Régionales Académiques à la Jeunesse, à l’Engagement et aux Sports) ont renforcé les priorités de contrôle et de formation :
- Contrôles inopinés prioritaires sur la protection des mineurs dans les ACM (priorité nationale affirmée dans les instructions 2025-2026).
- Formation « prévention des violences sexistes et sexuelles » intégrée obligatoirement au programme du BAFA depuis 2023 .
- Obligation de transmission sans délai de toute information préoccupante (art. L226-2-1 et suivants du Code de l’action sociale et des familles – CASF). Tout professionnel doit transmettre sans délai à la CRIP toute suspicion de danger ou de risque pour un mineur.
- Responsabilité accrue des directeurs, organisateurs et mairies (mesures administratives possibles : suspension, interdiction d’exercer, etc.).
- Vérification systématique au FIJAISV (Fichier Judiciaire Automatisé des Auteurs d’Infractions Sexuelles ou Violentes) pour tout intervenant déclaré dans un ACM.
La tolérance zéro est clairement affichée : mieux vaut signaler une situation qui s’avère non fondée que de passer à côté d’un enfant en danger.
2. Les différentes formes de violences à repérer en périscolaire
Il est essentiel de savoir identifier les différentes formes de violences. Voici les principales catégories reconnues par les autorités et les organismes de protection de l’enfance :
Violences physiques
Coups, bousculades répétées, pincements, gifles, retenue brutale ou inappropriée, marques suspectes (bleus, brûlures, fractures inexpliquées). Toute atteinte corporelle volontaire ou résultant d’une négligence grave.
Violences psychologiques et harcèlement
Insultes répétées, exclusion systématique du groupe, humiliation publique ou privée, menaces, moqueries, dénigrement, cyber-harcèlement (via les groupes WhatsApp des enfants ou réseaux sociaux). Ces violences sont souvent invisibles mais ont des conséquences très lourdes sur le développement émotionnel de l’enfant.
Violences sexuelles ou sexistes
Propos ou gestes à connotation sexuelle, attouchements, exhibitionnisme, harcèlement sexuel, demandes de photos intimes, blagues sexistes répétées. Toute forme d’abus ou d’exposition à du contenu sexuel inapproprié.
Négligence ou maltraitance institutionnelle
Manque de surveillance active, non-respect des taux d’encadrement réglementaires, ignorance ou absence de prise en compte des besoins spécifiques d’un enfant (handicap, trouble du comportement, trauma, allergies, etc.), privation de soins, d’attention ou de repos. Cela inclut aussi les pratiques organisationnelles qui exposent les enfants à un risque (manque de formation de l’équipe, espaces mal sécurisés, etc.).
3. Prévention : les bonnes pratiques à appliquer
La meilleure façon de lutter contre les violences, c’est la prévention quotidienne. Voici ce que vous pouvez mettre en place systématiquement dans vos accueils :
À chaque rentrée
- Co-construction d’une charte de vie collective avec les enfants dès les premiers jours (affichée bien visible et rappelée régulièrement). Les enfants sont beaucoup plus engagés quand ils ont participé à sa création.
- Lecture et explication du règlement intérieur aux parents (lors de la réunion de rentrée ou via un document écrit). Je propose un modèle mis à jour 2026 à télécharger gratuitement plus bas.
- Point équipe obligatoire sur la protection de l’enfance et la lutte contre les violences dès la première réunion de préparation.
- Cahier de liaison confidentiel (ou outil numérique sécurisé) pour noter tout comportement inhabituel : repli sur soi, agressivité soudaine, changement d’humeur, signes de peur, etc.
- Aménagement des espaces : suppression des coins morts, surveillance visuelle permanente, création de zones calmes identifiées pour les enfants qui ont besoin de s’isoler.
Outils concrets et efficaces que vous pouvez utiliser au quotidien
- Boîte à Paroles anonyme : les enfants peuvent y déposer un mot, un dessin ou un objet quand quelque chose les gêne. Très efficace même avec les plus jeunes.
- Activités théâtre et jeux sur les émotions (comme la série Super Max que je propose sur le site) : elles aident les enfants à nommer et gérer leurs ressentis.
- Ateliers adaptés à l’âge : « Dire non », « Demander de l’aide », « Reconnaître un comportement qui ne va pas », « Respecter le corps des autres ».
- Jeux coopératifs quotidiens pour renforcer la solidarité et diminuer les comportements de domination ou d’exclusion.
Ces pratiques ne demandent pas beaucoup de temps supplémentaire, mais elles changent vraiment la dynamique du groupe.
4. Que faire SI une situation de violence survient ? Protocole pas-à-pas
Voici le protocole concret à suivre. Agir vite et correctement protège l’enfant et vous protège aussi juridiquement.
Étape 1 : Intervention immédiate (les premières minutes)
- Séparer physiquement les personnes concernées.
- Assurer la sécurité physique et émotionnelle de tous les enfants présents.
- Ne jamais laisser l’enfant victime seul avec l’adulte mis en cause (même si c’est un collègue).
- Prendre des notes factuelles immédiates : heure exacte, faits observés, paroles prononcées, témoins présents, description précise des blessures ou signes visibles.
Étape 2 : Signalement (obligation légale – sans délai)
En cas de danger grave ou imminent :
- Appeler immédiatement le 119 – Allo Enfance en Danger (gratuit, 24h/24, 7j/7, confidentiel et géolocalisé).
- Contacter le directeur de l’accueil et la mairie/organisateur.
Pour une suspicion ou information préoccupante :
- Transmettre sans délai à la CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes) de votre département (coordonnées sur le site du conseil départemental).
- Rédiger un écrit factuel : qui, quoi, quand, où, témoignages, observations.
- En cas d’extrême gravité (violences sexuelles avérées, danger immédiat) : signalement direct au Procureur de la République (avec copie à la CRIP).
Étape 3 : Accompagnement de l’enfant victime
Écoute bienveillante, sans jugement et sans poser de questions suggestives. Phrases clés à utiliser :
« Ce qui t’est arrivé n’est pas normal. Tu as bien fait d’en parler. On va t’aider. »
Proposer un temps calme, un dessin, un jeu, un câlin si l’enfant le souhaite. Orienter rapidement vers un psychologue scolaire ou un CMP si nécessaire.
Si l’auteur présumé est un animateur, un stagiaire ou un intervenant
Suspension immédiate à titre conservatoire (mesure de précaution). Le directeur/organisateur doit alerter sans délai le SDJES (Service Départemental de la Jeunesse, des Sports et de l’Engagement) et l’employeur. Signalement obligatoire à la CRIP / 119.
5. Ressources officielles et utiles 2026
- 119 – Allo Enfance en Danger : numéro gratuit, confidentiel, 24h/24 et 7j/7.
→ www.allo119.gouv.fr
- Guide officiel « Protection des mineurs en ACM » (annexe 2026) et instruction ministérielle.
→ Documents disponibles sur education.gouv.fr et les sites des DRAJES / SDJES
- Kit SELMA – Formation lutte contre les violences sexistes et sexuelles en ACM (recommandé nationalement).
→ « SELMA » LIVRET DE FORMATION
- Formations « Protection de l’enfance » : proposées par les DRDJSCS / SDJES et le CNPE.
Contactez votre Service Départemental de la Jeunesse, des Sports et de l’Engagement (SDJES).
- Associations et numéros spécialisés :
- La Voix de l’Enfant → lavoixdelenfant.org
- SOS Violences (selon département)
- e-Enfance / 3018 – Violences numériques et cyberharcèlement (9h-23h) → e-enfance.org ou appeler le 3018
Ces ressources sont gratuites et actualisées régulièrement. N’hésitez pas à les partager avec votre équipe.
6. Protéger les enfants, c’est notre métier
Depuis 2013, j’ai vu des situations difficiles. Mais j’ai aussi vu que la grande majorité des équipes sont bienveillantes et passionnées. Le vrai risque, c’est le silence par peur ou par fatigue.
Signaler n’est pas trahir : c’est protéger. Et c’est ce qui nous permet de continuer à proposer des univers fantastiques et magiques, des rires et de la joie aux enfants en toute sécurité.
Et maintenant ? Retournons à ce qu’on aime vraiment !
Une fois la sécurité assurée, les enfants ont surtout besoin de rêver, de rire, de vivre des aventures et de créer des souvenirs magiques.
C’est pour ça qu’on fait ce métier.
Tu veux des idées concrètes et prêtes à animer ?
On continue ensemble, avec humanité, professionnalisme et surtout beaucoup de passion pour ces moments uniques passés avec les enfants.